Faut-il brader la Bible?, Certitudes, no 233, janvier/février 2008

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Faut-il brader la Bible?

La Société Biblique de Genève vient de réussir une opération inédite imprimer 550.000 exem­plaires de la Bible vendus.

1€50 en France et CHF 2.50 en Suisse. Cette bible qui, en Suisse, sera cantonnée aux librairies, sera diffusée en France dans les supermarchés Auchan, Leclerc et Cora.

Beaucoup d'entre nous rêvons depuis longtemps que soit abondamment diffusée la Bible, notamment en France où elle reste largement méconnue. Il existe même une radio1 qui, depuis 1986, la propose gratuitement sur certaines antennes périphériques et plusieurs réseaux FM. Déjà, à l'époque, quelques critiques s'étaient élevées contre le fait de placer la Parole de Dieu au milieu de la pub, comme les lessives et les automobiles. Il n'empêche que plusieurs milliers de bibles ont ainsi été distribuées... et que des existences en ont été bouleversées.

Les protestants, surtout de tendance évangélique, font beaucoup pour diffuser la Bible à très bas prix, et cela depuis des années. Ma première bible personnelle, une Segond 1910, je l'avais achetée 10 FRF à des étudiants des Groupes Bibliques Universitaires (ce devait être en 1977). Cette relique est aujourd'hui usée, annotée et coloriée de partout, mais je m'en sers encore parfois et elle reste précieuse, bien que, depuis, vingt-trois versions supplémentaires réparties sur sept langues l'aient rejointe.

Claude Baty, le nouveau Président de la Fédération Protestante de France, ironisait sur cette vague ou cette vogue des bibles bradées, dans la mouvance des journaux gratuits qu'on trouve dans le métro.2 Il y a un risque, effectivement, que ce qu'on paye peu ou pas soit dévalorisé, «démonétisé».

C'est sans doute aussi ce que craignait un théologien catholique (qui a participé à la traduction de la TOB) : est-il bien digne, objectait-il, de présenter la Parole de Dieu avec une couverture et une impression aussi lamentables ?

On peut en discuter. En tous cas, la traduction proposée, la Segond 21, semble très adaptée au grand public. Cet effort-là mérite d'être salué.3 Par ailleurs, il faut espérer que le primo-lecteur de la Bible aura envie, grâce à cette version, d'aller plus loin. Il pourra ensuite s'offrir une bible plus luxueuse, plus solide, éventuellement une bible d'étude, augmentée de notes plus ou moins savantes.

Signalons enfin que c'est la francophonie, et non l'anglophonie, qui dispose du plus grand nombre de versions. Toutes sont fiables. Et l'intérêt, c'est qu'elles n'ont pas la même vocation. Ultra-accessible comme la version Parole de Vie en français fondamental, ou hyperlittérale (au point d'être presque illisible au premier regard) comme la Chouraqui, il existe toujours une traduction adaptée à votre niveau d'instruction, de spiritualité, d'engagement dans l'étude.

Cela dit, si vous craignez les contestations, il ne vous reste plus qu'à vous mettre à l'hébreu et au grec pour aller vérifier vous-même dans les originaux ! Ce sera plus cher, mais vraiment passionnant.

PHILIPPE MALIDOR, Certitudes

1 Radio Réveil.
2 BIP du 1er novembre 2007.
3 Cette n-ième révision de la Segond 1910 s'appelle «21» pour le 21e siècle. Elle a le mérite d'être fortement dépoussiérée (tentative largement ratée avec la Colombe, encore très diffusée à bas prix), tout en maintenant un bon niveau de français. Elle est assez comparable à la Semeur. Elle est éclairée d'Introductions et de notes certes minimales, mais bien conçues.