La Bible qui a gagné le million, Témoignage chrétien, 14 mai 2009

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La Bible à 1,50 euro a été lancée fin 2007. En avril 2009, le million d’exemplaires vendus a été dépassé. Un succès pour la Société biblique de Genève.

Dans les librairies religieuses et certaines grandes surfaces, on se l’arrache. Vendre 1 million de Bibles en 17 mois dans les pays francophones, c’est tout simplement un record. D’après le magazine Livres Hebdo (10 avril 2009), c’est la quatrième meilleure vente dans le domaine « religion » en France en 2008. La Bible à 1,50 euro arrive juste après deux livres de témoignage de Sœur Emmanuelle et un ouvrage sur la méditation du bouddhiste Matthieu Ricard. Sur un million de Bibles vendues, environ la moitié a été achetée en Europe, l’autre moitié en Afrique francophone.
La Bible à 1,50 euro est éditée par la Société biblique de Genève. Celle-ci a la réputation d’être « proche des protestants fondamentalistes », comme on nous le signale avec un malin plaisir à l’Alliance biblique française, une maison d’édition qui vend cinq Bibles différentes, dont la traduction œcuménique (TOB), mais aucune à un prix comparable à 1,50 euro.

Œcuménique

L’objectif de la Société biblique de Genève serait par ailleurs de faire du « prosélytisme », selon certains. Il est très difficile de vérifier ces « informations ». On sait seulement que l’Alliance biblique universelle, dont fait partie la Société biblique française, protestante, a une démarche œcuménique (1). La Nouvelle Bible Segond (NBS), datant de 2002, en est un fruit. De tendance protestante évangélique, la Société biblique de Genève n’a pas souhaité collaborer à la NBS, mais a lancé une autre Bible : celle qui se vend aujourd’hui à 1,50 euro. Du prosélytisme ? Il est vrai qu’avec une Bible à un prix aussi faible, on peut en offrir facilement à des gens qui ne s’y attendent pas. Le but, comme nous le confirme Jean-Pierre Bezin, directeur de la Société biblique de Genève, est de « faire lire la Bible à des gens qui ne la connaissaient pas ou qui ne pouvaient pas se l’offrir. Et nous avons réussi. » Cette réussite servirait-elle un complot évangélique ? La thèse semble peu crédible quand on sait que le distributeur de cette Bible n’est autre que Salvator, éditeur catholique !
Comme d’autres sociétés du même type, la Société biblique de Genève a été fondée en 1917 dans le but de faire connaître le texte sacré à un maximum de personnes. Elle a connu son essor lors de la Seconde guerre mondiale où elle pouvait imprimer et diffuser depuis la Suisse non occupée. Elle édite surtout des Bibles inspirées de la première traduction de Louis Segond (2), et gagne de l’argent surtout avec ses Bibles à 20 ou 30 euros. « Celle à 1,50 euro permet tout juste de rendre l’opération pérenne », précise Jean-Pierre Bezin. Pour lui, comme pour tout le monde, le succès est une surprise complète. « Au départ, dit-il, nous hésitions entre 100 000 et 200 000 exemplaires imprimés. » Et son explication ? « Je crois qu’il y a un effet de seuil sur le prix. Nous avions déjà une Bible en vente à 2,50 euros. Elle n’a pas connu la même envolée. Autre facteur possible : grâce à Salvator, qui est notre distributeur, nous avons eu accès aux supermarchés. »

Traduction

Jean-Pierre Bezin veut aussi croire à la qualité de la traduction comme un facteur de succès. La Bible à 1,50 euro porte le nom de « Segond 21 ». Ce qui signifie que c’est une Bible Segond et qu’elle est prévue pour le 21ème siècle. Il a fallu 12 ans aux équipes de traducteurs pour l’élaborer. Ses singularités seraient au nombre de deux, à en croire Jean-Pierre Bezin : elle est littérale, donc proche de la structure du texte original, et elle utilise un vocabulaire du 21ème siècle. Le résultat est assez surprenant : cette Bible est bien plus lisible que la NBS (très littérale) ou la TOB (plus dynamique). À cela, il faut ajouter l’intérêt des petites introductions, des textes explicatifs très simples pour chacun des 66 livres et même quelques cartes. Pour 1,50 euro, c’est tout simplement génial.

(1) L’Ancien Testament dans la Bible catholique contient les livres deutérocanoniques de Judith, Tobie, Baruch (ou Lettre de Jérémie), des Macchabées (1 et 2), de la Sagesse et Siracide. Il contient aussi certains passages grecs du livre d’Esther et de Daniel. Ces livres et ces passages ne figurent pas dans une Bible protestante (sauf parfois dans l’annexe).
(2) Jacques-Jean-Louis Segond (1810-1885), théologien suisse, a traduit la Bible en français à partir des textes originaux hébreux et grecs. Les traductions issues de la première Segond, celle de 1910 et de 1978 notamment, sont particulièrement utilisées par les protestants.

Source: Témoignage chrétien , par Henrik Lindell