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La Bible Française : une traduction ... mais de quel texte ? - Les textes de base de l'Ancien Testament

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Index de l'article
La Bible Française : une traduction ... mais de quel texte ?
La critique textuelle
Les textes de base de l'Ancien Testament
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Les textes de base de l'Ancien Testament

Nous disposons de nombreux témoins du texte de l’Ancien Testament, aussi bien en hébreu qu’en grec ou dans d’autres langues. En effet, l’AT a été rédigé en hébreu (avec quelques passages en araméen) puis traduit en grec et dans d’autres langues. Parmi ces divers témoins, deux groupes se détachent nettement: les manuscrits qui portent le texte massorétique, en hébreu, et ceux qui portent le texte de la Septante, sa traduction grecque.
Les traductions modernes de l’Ancien Testament sont en règle générale basées sur le texte massorétique. La maison d’édition Le Cerf est en train d’éditer une traduction française de la Septante.

Le texte massorétique

Dès l'an 500 apr. J.-C. et jusque vers l'an 1000 environ, des écoles de scribes apparaissent: celles des massorètes. Leur contribution la plus importante a certainement été l'introduction d'une ponctuation et de points-voyelles fixant la prononciation du texte. La division du texte en versets leur est antérieure (3e siècle av. J.-C.), tandis que la division en chapitres a été introduite sur la Vulgate au 13e siècle. Des trois systèmes principaux de vocalisation (tibérien, palestinien, babylonien), c’est le système tibérien (famille Ben-Asher) qui s’est progressivement imposé et a été suivi dans les éditions imprimées. La valeur de ce texte hébreu traditionnel, dit massorétique, a été confirmée par la découverte des manuscrits de la mer Morte, mille ans plus anciens.
Le seul manuscrit hébreu complet que nous possédions est le Codex Leningradensis, daté de 1008 et qui est reproduit dans la Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS), mais les témoins hébreux du texte biblique sont au nombre d'environ 3000. La Biblia Hebraica de Kittel (qu’a remplacée la BHS) reproduisait dans ses deux premières éditions le texte de la Bible rabbinique de Venise, éditée par Jacob-ben-Hayyim en 1524-1525.
Le texte massorétique est suivi dans les versions que sont les Targums (araméen, avec parfois des développements explicatifs) et la Vulgate (latin, 8000 manuscrits), et la Peshitta (syriaque) s’en rapproche.

Les textes de Qumrân

Les manuscrits de la mer Morte ont été découverts en 1947 dans des grottes proches des ruines de Qumrân et dans d’autres sites du Désert de Juda. Des fragments de tous les livres bibliques, sauf Esther, ont été retrouvés. Ecrits près d’un millénaire avant les grands codex du texte massorétique, soit entre la fin du 3e siècle av. J.-C. et le 1er siècle apr. J.-C., ils confirment sa fiabilité. Cependant, ils témoignent d’une plus grande liberté de copie (orthographe) qu’à l’époque des massorètes et ils appuient parfois d’autres témoins du texte, notamment le Pentateuque samaritain et la Septante. Deux exemples:

  1. A la fin d’Esaïe 9.19, le texte massorétique dit: «Chacun mange la chair de son bras.» C’est aussi le texte que portent une partie des manuscrits de la version grecque des Septante et la Vulgate. Un manuscrit de la Septante porte «frère» à la place de «bras»; le targum et la version grecque de Symmaque portent «prochain». Une légère modification du texte massorétique (mêmes consonnes mais autres voyelles) permet, par pure conjecture, de lire «semence» (c’est-à-dire les enfants ou descendants).
    Les diverses possibilités évoquées ici se reflètent dans les traductions françaises; ainsi, la Bible en français courant et Parole de vie adoptent la traduction «prochain», tandis que la Bible du Semeur parle d’«enfants», suivant la conjecture «semence». Une version comme la Segond 21 garde le texte «bras» que deux manuscrits de Qumrân appuient.
  2. Au début d’Esaïe 53.11, le texte massorétique porte «il verra» sans complément à ce verbe; la version grecque des Septante ajoute «la lumière». Les manuscrits de Qumrân portent «il verra la lumière» et confirment que la présence de ce mot dans le texte biblique est ancienne.

On a découvert aussi en 1890 des dizaines de milliers d’autres textes fragmentaires ailleurs, notamment les fragments de la geniza (lieu d’entrepôt de manuscrits hors d’usage) du Caire, datés d’entre le 5e et le 8e siècle apr. J.-C.

Le Pentateuque samaritain

Le texte du Pentateuque a été recopié par les Samaritains à part des Juifs, mais les spécialistes ne s’entendent pas sur la date de séparation. Quelques rares modifications du texte sont imputables aux convictions particulières des Samaritains, la plupart des variantes pourraient renvoyer à une forme de texte ancienne. Le plus ancien manuscrit: probablement celui de Cambridge (début 12e siècle). Il existe un targum samaritain, traduction araméenne du Pentateuque samaritain.

La Septante

Réalisée par les Juifs dès le 3e siècle av. J.-C., la version grecque des Septante a ensuite été recopiée par les chrétiens. On la trouve en particulier dans les codex Sinaïticus, Vaticanus et Alexandrinus (qui portent aussi le texte du Nouveau Testament).
C’est une traduction très littérale pour le Pentateuque, beaucoup plus libre pour les livres sapientiaux (c’est-à-dire de sagesse). Parmi les grosses différences d’avec le texte massorétique, il faut signaler:

  • le regroupement des Psaumes 9 et 10, ainsi que 114 et 115, en un seul, alors que les Psaumes 116 et 147 sont au contraire divisés en deux (d’où certaines différences de numérotation dans les Psaumes);
  • la place différente de certains chapitres et sections de chapitres dans le livre de Jérémie (ch. 25 à 51);
  • la place différente de certains chapitres et sections de chapitres dans les Proverbes (ch. 24.23–31.9);
  • l’introduction de livres écrits directement en grec et appelés «apocryphes» par les protestants, «deutérocanoniques» par les catholiques.

Des traductions ont été effectuées à partir de la Septante: les vieilles versions latines (subsistent à l’état de fragments), les versions coptes, éthiopienne, arménienne, arabe.